J'ai marché jusqu'au point où l'obscuritépoesiefostieris
Épaissie de lumières vire à l'obscurité
Je ne sais plus où j'ai marché
La grande peur bien connue mon adolescence
Tient un poignard sans pitié
Me frappe d'abord et puis
Frappe au hasard éventre les choses
Répand leurs entrailles et joue
À déchirer la chair de vos âmes.
 
Où es-tu qui es-tu je ne sais plus où j'ai marché
Routes sinueuses inconnues tunnels aériens
Là-bas tout se balance au firmament
Des mondes successifs ouvrent tremblants leurs pétales
Des anges descendent en parachute.
 
(Ah la beauté quel douloureux délice
Quelle tragédie cruelle que la perfection.)
 
Une bombe de lumière explose dans l'infini.
 
Jaillissant du sommeil je jette
Mes rêves contre le mur
Et tombe en un sommeil plus dense
Ayant oublié mes rêves — ou mes amours —
Ne désirant qu'un mot
Trouver un mot me glisser dans son sein, épuisé
Par la remuante immobilité du voyage
Comme les morts attendant de mourir encore
Sous le tranquille abri du dieu qu'ils espèrent.
 
Mais enfin pourquoi ce désir d'être ému ce poids sur moi
Les autres dans la mer nagent, moi je coule
Qui nage ? Personne, tous vont couler
La violence vient secouer ma planète comme une dent gâtée
Ma dent gâtée me secoue
Moi je secoue l'arbre du ciel, que tombent ses étoiles.
 
Où es-tu qui es-tu je ne sais plus où j'ai marché
Je ne sais rien et n'apprends rien, si je t'aime
C'est que je n'ai rien à faire ou à penser
Et ne te verrai plus dans les années qui viennent
Ni même dans le temps qui vient après les années
Alors disons-le mon bonheur est complet
Comme toute chose est complète en ce monde
Une seule goutte suffira — débordantes
Elles répandront l'écume de leur folie.
 
Je dors bien ici je rêve bien
Je cours bien les rues inconnu auprès d'inconnus
Et ne craindrais plus rien si je pouvais croire en quelque chose
Et l'adorer m'y consacrer
Au lieu de descendre sans cesse
Aux caves glacées des siècles
Et de guetter dans le silence le bourdonnement des choses
Chimériques inutiles absurdes
Six ou sept mille ans plus tôt j'aurais été cheval
Pleurant devant la tombe de mon maître
Et maintenant je pleure ce qui est perdu, que j'ignore
Mais je ne veux pas savoir — je suis complet.
 
Obscurité mon éclatant miroir
En toi mille chemins s'ouvrent
Ton estomac digère tous les sons les couleurs
En toi je fonds me sublime et me perds
Obscurité ma lumière aveuglante
Tu es l'univers avant la naissance après la mort
Tu es donc l'univers même dans la vie, en toi je me perds
Tu es le néant nu et je suis le néant
Et en toi je me perds.
 
Traduction: Michel Volkovitch
Peinture: Chatzipoulidou Eleni 
 
Le poème original en grec sur notre page facebook

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