MIKAEL HAUTCHAMP introUne nouvelle programmation de l’Institut Français de Grèce a vu le jour pour 2016. A propos de cette programmation, Grèce Hebdo s’est adressé à  Mikael Hautchamp, nouveau Conseiller de coopération et d’action culturelle près l’ambassade de France en Grèce et directeur de l’ Institut français de Grèce.

- Nous traversons une conjoncture difficile marquée par la crise économique, le paroxysme du terrorisme et l’arrivée de masse des réfugiés en Europe. A quel point votre programmation rend compte de ces réalités? Οu le choix, c’ est plutôt de refouler l’ actualité lourde pour faire la belle part aux forces apaisantes de l’ art et de la création individuelle?

Il ne s’agit en aucun cas de « refouler » l’actualité que nous traversons. Ma programmation s’inscrit pleinement dans la réalité actuelle et dans le monde qui est le nôtre. Cet ancrage se réalise de deux façons différentes mais complémentaires : d’abord certains des cycles de la programmation proposent des manifestations qui font directement écho à nos préoccupations quotidiennes ; c’est le cas du cycle sur la pensée contemporaine qui s’interroge sur comment repenser la politique, c’est le cas du cycle sur le développement durable qui est conçu comme un ensemble de propositions autour du potentiel économique de l’économie « verte », c’est le cas du cycle sur la jeunesse innovante qui a pour ambition d’accompagner une jeunesse dynamique, entreprenante et qui très concrètement veut lui donner la parole. Nous aurons en mai Gilles Kepel, le grand spécialiste des questions d’islam qui viendra nous faire bénéficier de sa pensée éclairée sur le sujet de l’islam et des valeurs. Vous voyez qu’on est au cœur des questions contemporaines.

Mais n’oublions pas non plus que le volet proprement artistique de la  programmation nourrit également l’ambition de répondre à des questions certes plus existentielles mais pas moins contemporaines. Je ne crois pas que l’art, la littérature, la musique nous « apaisent », je crois au contraire que l’art nous bouleverse, nous pousse dans nos retranchements, met en jeu l’essentiel de ce qui nous constitue : notre rapport à l’autre, notre rapport au monde, notre rapport à la beauté. De la soirée consacrée à Jean Genet, on pouvait amasser un trésor de réponses à nos interrogations sur le rapport à l’autre, sur la violence, la beauté, l’accueil et l’enfermement, la distance, etc. C’est cela qui est important : proposer une autre lecture de notre monde, par le biais de l’art.

- Vous êtes à Athènes depuis peu de temps. Quelles sont vos   premières impressions pour ce qui est de la scène culturelle grecque?

Je suis à Athènes depuis cinq mois et je découvre la qualité et la richesse de la scène culturelle grecque. Elle fait la part belle à la créativité, au spectacle vivant et du fait d’une initiative privée très structurée, elle propose au public, qui ne s’y trompe pas en venant en masse, des spectacles et des manifestations de très haut niveau. Il y a par ailleurs une scène artistique qui ne passe pas encore la barre de la célébrité avec des lieux passionnants, de jeunes artistes très talentueux, des collectifs de qualité. Notre rôle est également de valoriser cette scène plus confidentielle pour mieux la faire connaître et l’accompagner. C’est le sens du projet « KAOS » que nous avons accompagné au mois de novembre dernier.

- Vous accordez une place privilégiée à la littérature et plus particulièrement à la poésie mais vous insistez aussi sur la nécessité de «marier les différentes disciplines». Comment se fera-t-il ce “mariage”?     

Je souhaite en effet que la littérature - et en particulier la poésie mais aussi la fiction et le théâtre -, soit au cœur de notre programmation pour rendre audible cette parole essentielle ; parole qui se marie si bien à d’autres formes d’art, à d’autres disciplines et c’est ce que nous voulons proposer par exemple au sein de notre cycle « mots en scène » : offrir au public des soirées fortes et joyeuses, qui mêlent sur un fond poétique ou théâtral, des lectures, des présentations plus réflexives, de la musique, des projections afin que naisse de ce mariage, un autre regard pour nos spectateurs. La soirée Jean Genet était exemplaire de ce point de vue avec la présentation de livres nouvellement traduits, des lectures, une intervention plus philosophique, et la projection d’un film. Je citerai également la soirée autour de Salah Stétié qui mêlera une conférence courte, des lectures et un accompagnement musical. 

- Le tournant vers la province grecque  est aussi est au cœur de vos priorités. Parlez-nous de ce choix.

L’institut français de Grèce – c’est inscrit dans son nom- a une responsabilité qui concerne l’ensemble de la Grèce, et doit – au-delà de la remarquable programmation de nos annexes de Larissa, de Patras et de l’Institut de Thessalonique, rayonner sur l’ensemble du territoire grec. Notre budget ne nous permettra pas, bien sûr, de programmer dans chaque village mais nous nous organisons pour que, très concrètement, nous offrions des manifestions françaises dans les grandes régions de Grèce. Nous aurons déjà André Makine deux fois en Crète, Dominique Fernandez à Nauplie, le pianiste Julien Duchoud en tournée dans plusieurs villes du pays.  Je me déplace beaucoup pour nouer des contacts et organiser avec des partenaires locaux ces propositions et je trouve un écho très favorable à ces propositions, j’en suis ravi et je souhaite que cela se poursuive dans les années à venir pour que la présence de la langue et de la culture françaises soit une réalité dans toute la Grèce. 

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