L’année 2018 marque les cent ans de commémoration de la fin de la Première guerre mondiale. A cette occasion, le musée historique National accueille une exposition intitulée La Grande Guerre pour mettre fin à toutes les guerres, 1914-1918 jusqu’au 11 novembre, date de l’armistice signée dans la forêt de Compiègne. Avec plus de 18 millions de pertes humaines dont plus de 160.000 provenant de Grèce, majoritairement civiles, bilan d’un chapitre de l’Histoire rarement mis en lumière.

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Qui pense à la Grèce lorsque l’on évoque le souvenir de la Première guerre mondiale ? A vrai dire : pas grand monde, pas même moi qui ai découvert à l’occasion de la rédaction de cet article le rôle de la Grèce dans la Grande Guerre. L’imaginaire collectif autour du premier conflit globalisé évoque avant tout, en France du moins, la figure du poilu ainsi que l’enfer des tranchées. Ce serait garder sous silence la réalité historique du premier conflit le plus meurtrier du XXème de se cantonner à cette simple impression.

Il faut dire que la Grèce possède un rôle particulier dans la guerre. Cela peut expliquer en partie ce manque de visibilité et de rétrospective historique. En 1913, le pays ressort vainqueur des guerres balkaniques face à l’Empire Ottoman puis face au Royaume de Bulgarie. Ce conflit sacralise alors les revendications territoriales antagonistes dominant alors les relations des pays dans les Balkans. La Grèce s’est étendue de la Crète jusqu’à la Macédoine en passant par l’Epire. Au premier jour de la première guerre mondiale, la Grèce ne prend pas part au conflit directement mais au sein du champ politique grec deux positions divergentes s’opposent.

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La Grèce est alors organisée en tant que Royaume dont le monarque Constantin Ier ne cache pas sa proximité avec l’Empire allemand bien que Berlin soit allié avec l’Empire Ottoman. De son côté le Premier ministre, Elefthérios Venizélos se trouve être favorable à un rapprochement avec la Triple-Entente de la France et du Royaume-Uni. Dans un premier temps, la Grèce ne prend pas position et assume une neutralité plus que fragile. Cette opposition au cœur du pouvoir en Grèce conduit inévitablement à une rupture entre le roi et son Premier ministre.

Cet épisode majeur de l’histoire grecque trouve, donc, son origine à travers deux visions antinomiques pour l’avenir de la nation grecque. La décision des troupes alliées de débarquer à Gallipoli en Turquie pour prendre à revers les troupes allemandes précipite la déchirure du pouvoir en Grèce. En mars 1915, la bataille des Dardanelles débute et se conclue après quelques mois par une défaite cuisante pour les Alliés. Les troupes françaises et britanniques restantes se réfugient à Thessalonique avec l’aval de Venizélos mais contre l’avis du roi. Le Premier ministre est contraint de démissionner mais garde, toutefois, le soutien du commandement français notamment.

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En Grèce, une lutte de légitimité prend forme avec d’un côté les partisans de Constantin Ier et de l’autre ceux de Venizélos, les prémices d’une « guerre civile » se font, déjà, ressentir. A la fin de l’été 1916, les Français, en première ligne, presse le pouvoir grec de soutenir l’Entente et déplore l’attitude passive du roi envers les troupes bulgares stationnées en Macédoine. En octobre, le Schisme National prend officiellement place avec l’établissement par Venizélos d’un gouvernement de Défense nationale à Thessalonique en concurrence frontale avec l’autorité de Constantin Ier demeuré à Athènes.

Le pays est alors divisé en trois parties : au nord les forces venizélistes favorables à l’entrée dans la guerre, au sud les troupes royalistes et entre les deux les forces alliées les séparent afin d’éviter tout échauffourée qui viendrait à se prolonger. L’épisode des vêpres grecques symbolise alors les tensions dominantes entres ces trois entités protagonistes. Les forces alliées réclament la restitution d’armes et de matériel militaire de l’armée hellène alors que le roi s’y oppose. Le 1er décembre 1916, des troupes françaises et anglaises débarquent à Athènes par le Pirée et affrontent les fidèles du pouvoir monarchiste. Cette opération se termine par un échec pour les Alliés obligés d’évacuer la ville le lendemain.

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Cette séquence précipite alors la reconnaissance partielle par la France et la Grande-Bretagne du gouvernement de Venizélos basé à Thessalonique. Ce dernier entre alors en guerre contre l’Empire allemand et la Bulgarie malgré le fait que la souveraineté de son gouvernement ne possède aucune reconnaissance internationale. L’année 1917 marque alors le retrait du conflit de la Russie qui soutenait alors l’autorité de Constantin Ier. Progressivement, le pouvoir royal perd de l’influence jusqu’à voir le souverain abdiquer au profit de son fils Alexandre Ier mais aussi et surtout avec la formation d’un nouveau gouvernement dominé par Venizélos. Le gouvernement de Thessalonique grâce à l’aide des Alliés devient la seule autorité légitime et entraîne alors l’ensemble de la Grèce réunifiée dans la Première Guerre mondiale.

En définitive, la Grèce a servi à l’ouverture d’un nouveau front contre les armées des Empires centraux notamment dans la région de la Macédoine alors que la Russie après la Révolution d’Octobre avait quitté le conflit. Athènes se trouve dans le camp des puissances vainqueurs et, en 1919, peut à la Conférence de Paris revendiquer de nouveaux territoires. Néanmoins, le conflit entre Grecs et Turcs se prolonge après la fin de la Première Guerre mondiale pour le contrôle de territoires accordés à la Grèce au traité de Sèvres de 1920.

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La Grande Idée, de réunir l’ensemble des populations grecques sous un même Etat, pourtant proche d’être concrétisée s’éloigne peu à peu avec la mort accidentelle du souverain Alexandre Ier. Autre facteur, Mustafa Kemal nouveau dirigeant nationaliste turc ne reconnaît pas les nouvelles frontières et entre en guerre contre les forces grecques en Asie Mineure et en Thrace orientale. Le traité de Lausanne en 1923 marque définitivement la fin de la Première Guerre mondiale pour les Grecs et les Turcs, plusieurs années après l’armistice du 11 novembre 1918. Ce traité restitue notamment ces territoires à la Turquie kémaliste et organise des échanges de population entre les deux nations. La Grèce est entrée plus tardivement dans la Grande Guerre et connaît, de même, un épilogue propre à son histoire commune avec la Turquie. 

Texte écrit par Hugo Tortel | Grecehebdo.gr

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