Jeudi 8 et vendredi 9 février 2018, le magazine français L’Obs organisait, en partenariat avec le journal grec Kathimerini, une journée et demie de débats sur la situation actuelle et l’avenir de la Grèce. Au sein de la Fondation Stavros Niarchos, l’événement à accueilli de nombreuses figures politiques et économiques venues de Grèce comme de France. Compte-rendu sur ces débats figurant les relations singulières entre les deux nations européennes.

graffiti SimpleG stathmos larisis Expiration Date
"Expiration Date", graffiti par SimpleG, Station Larissis, Athènes. 

Le maire de la ville d’Athènes, Giorgos Kaminis, a ouvert les débats sans oublier de rappeler les difficultés auxquelles font face les Grecs depuis les prémices de la crise financière puis économique. Il a rappelé que la Grèce a subi une émigration sans précédent avec un total de 70% des jeunes qui souhaitent quitter le pays aujourd’hui.

Malgré les épreuves de toute une population, Giorgos Kaminis n’a pas oublié pour autant de mentionner les atouts et les richesses d’Athènes figurant parmi le top 10 des capitales européennes les plus attractives en terme de tourisme. A l’heure où les compteurs macro-économiques du pays retrouvent des couleurs, cette journée et demie de rencontre a servi à interroger sur le devenir de la Grèce.

Le volet économique des discussions a porté sur les opportunités pour les entreprises de venir s’installer en Grèce dans la période actuelle. « Investing in Greece, now it’s time », autrement dit : « Investir en Grèce, c’est le moment ». Autour de cette table ronde, on note la présence d’acteurs majeurs de l’économie venant d’entreprises multinationales privées ou bien encore d’intervenants provenant d’institutions publiques ou internationales.

Panayiotis Papanikolas, PDG de Vinci Concessions en Grèce, a retracé les investissements émanant de l’entreprise française notamment dans la construction d’infrastructure comme les autoroutes ou l’aéroport Venizélos. Il souligne un retour à la croissance notamment du fait que l’utilisation des autoroutes a crû de 10% ces dernières années. Dans le même sens, Constantine Karagounis, secrétaire général de la Chambre de Commerce et d’Industrie France-Grèce, a salué les réformes structurelles inhérentes à l’économie du pays, telles que la réduction des dépenses publiques ou bien encore l’amélioration du système fiscal.

Une question d’un membre du public a pu interroger l’assistance quant à la mise en place d’une « slave economy », pouvant se traduire comme une « « économie de l’asservissement ». Cela soulève une réflexion sur le décalage entre les baromètres macro-économiques et les réalités sociales en Grèce.

L’autre thématique économique a présenté les succès d’entreprises grecques leur ayant ouvert un développement sur l’international. Parmi les intervenants se trouvaient, notamment l’autrichien, Martin Czurda, en charge du fond de stabilité financière en Grèce, possédant une expérience conséquente au sein des institutions bancaires. Il a justifié les améliorations notables en Grèce du fait d’une libéralisation de l’économie, du recul du secteur public et du développement des activités privées. Les débats lors de cette table ronde se sont concentrés sur les réussites économiques dans le domaine de l’innovation et du monde des start-ups développant la compétitivité de la Grèce.

Parmi ces succès, Nikos Drandakis, fondateur de Beat (ex-Taxibeat), entend bien jouer des coudes avec les leaders venus des Etats-Unis à l’image d’Uber. Son modèle d’entreprise se base sur la mise en relation directe de conducteurs avec des utilisateurs via l’application numérique de la firme. Nikos Drandakis constitue la figure de l’entrepreneur moderne embrassant la révolution numérique et les nouvelles technologies. D’ailleurs, il a précisé que trente postes sont actuellement à pourvoir au sein de son entreprise à Athènes dans divers domaines d’activité.

D’autre part, les discussions de cette rencontre ont présenté les difficultés politiques de la Grèce à affirmer sa souveraineté au sein de l’UE face aux conséquences de la crise économique. Malgré le retard de certaines personnalités à cause des conditions météos en France chamboulant l’opinion jusqu’à faire la une de tous les JT français, le premier débat a tenté d’expliciter le rôle de l’Europe du Sud dans la gouvernance de l’UE notamment depuis la création du groupe informel du Med7, regroupant entre autre autres la France et la Grèce, censé fêter sa deuxième bougie en septembre de cette année.

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Photos prises par Hugo Tortel  (collage Magdalini Varoucha)

La suite des débats s’est concentrée sur les conséquences des deux crises majeures de la décennie entre la crise de l’euro et la crise migratoire. Les flux de réfugiés humains questionnent l’ensemble des Etats de l’UE sur le rôle de la solidarité réparti entre chaque membre. Les mesures d’austérité imposées interrogent sur le caractère punitif des trois programmes mis en place par Athènes et soutenus par les créanciers européens.

Pour Geórgios Katroúgalos, secrétaire d’Etat aux Affaire européennes, la perspective de la fin du plan de rigueur imposé à la Grèce tournerait la page des « recettes néolibérales » et du « sado-monétarisme » prescrit comme des « relents de punition ».Il a, dans ce sens, déploré l’absence d’alternative au sein de l’UE qui se retrouve dans l’inscription des traités eux-mêmes. De son côté, l’ancienne commissaire européenne à la Justice, Viviane Reding a appelé à une plus grande coopération entre les Etats d’Europe pour une « politique commune » à l’instar d’une « politique unique ».

Le second thème relatif à la relation entre l’Union Européenne et la Grèce s’intitulait ainsi : « Grèce – Europe : je t’aime moi non plus ». Ce débat a permis de revenir sur les liens majeurs qui unissent la Grèce du reste de l’Europe depuis son adhésion en 1981. L’objet de cette discussion a été aussi de comprendre les facteurs politiques qui ont conduit à la situation de la Grèce actuellement par rapport aux institutions européennes.

Nathalie Loiseau, ministre des Affaires européennes, a défendu le rôle de la France aux côtés de la Grèce tout au long de la crise du pays et a rappelé l’importance de voir la nation hellénique comme partie prenante de l’Europe. De même, elle a tenu à rappeler les engagements européens du président Emmanuel Macron énoncés à Athènes en septembre 2017. L’ancien président du Conseil des ministres italiens, Enrico Letta, à la tête de l’Institut Jacques Delors a, entre autres, salué la gestion par la Grèce de la crise migratoire sans précédent que connaît l’Europe actuellement. Selon lui, ce constat est la preuve intrinsèque de la nécessité de voir la Grèce rester dans l’Union Européenne.

Ces journées d’Athènes se sont achevées avec la présence du commissaire européen aux Affaires économiques et financières : Pierre Moscovici. Ce dernier a tenu à affirmer qu’il n’y aurait pas de quatrième programme d’austérité pour la Grèce qui s’achemine vers une sortie définitive de la crise. Pierre Moscovici a énoncé qu’il était temps pour l’Europe de commencer un nouvel élan.

En terme de conclusion, le président de la République hellénique, Prokopios Pavlopoulos a partagé son point de vue sur la situation du pays. Il a tenu à rappeler que la crise en Grèce connaissait son origine à partir des dérives du système bancaire et financier. Prokopios Pavlopoulos a affirmé la nécessité d’alléger la dette publique du pays et de soutenir un Etat social fort fondé sur la solidarité.

Hugo Tortel     

A lire aussi:  Le Figaro: Dossier spécial dédié à la Grèce

M.V.

           
                       
           
            
 

 

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